Photo : Manika Création

"Pourquoi je suis là ? Pourquoi elle m’a mise au monde ?"

Cette question, je me la suis posée toute mon enfance.
Parce qu’elle ne voulait pas de moi. Elle voulait un garçon.
Elle ne se privait pas pour me le rappeler :
“Si c’était à refaire, je n’aurais qu’un enfant, votre frère.”
Et parfois, dans un moment de nostalgie, elle ajoutait :
“Avec ta sœur, j’ai quand même vécu des moments de complicité.”

Mais moi, j’avais peur d’elle.
Peur de son regard, peur de sa voix.
Je connaissais par cœur le bruit de ses clés dans la serrure.
Je savais reconnaître son parfum dès qu’elle arrivait à l’étage.
Et quand elle avait bu, c’était encore pire.
Je supportais son odeur d’alcool en redoutant son prochain excès.

Elle était brillante. Déléguée pharmaceutique et formatrice médicale, elle maîtrisait parfaitement les médicaments… et ses "tentatives de suicide", soigneusement mises en scène.
Elle savait exactement comment nous manipuler.

Les seules marques d’affection étaient parfumées à l’alcool, teintées de “je ne te voulais pas”.
Puis, à l’adolescence, c’était devenu plus pernicieux :
“Je ne te voulais pas… mais je suis tellement fière de toi.”
Fière de quoi ?
Que les gens disent que je lui ressemble.
Le même visage, le même corps, la même silhouette… alors elle a installé un contrôle alimentaire strict.
Déjà petite, je devais “faire attention”.

J’ai ensuite rencontré sa jalousie et ses réflexions acerbes sur mon physique, scrutée à chaque fois que je prenais un verre de jus en maillot de bain, pinçant ce qu’elle identifiait comme "en trop" sur ma hanche en me disant :
“Va falloir ralentir sur le sucre, prends un yaourt à la place.”
C’est un exemple parmi tant d’autres.

Et ça, ce n’était qu’une partie du tableau.
Les femmes toxiques dans ma famille, il y en a plusieurs.

Aujourd’hui ?

Je suis en thérapie depuis plus de trois ans.
Je me reconstruis, je prends ma place.
Je m’autorise à être ici, incarnée.
Ce n’est pas elle qui a choisi, c’est MOI.

Je transforme ma colère en colère vibratoire.
Une force qui me permet de reprendre MA souveraineté, MES décisions, MA vie, MES choix.

Elle ?
Elle ne s’est jamais assise en face d’un psy.
Et si elle l’affirmait, ce serait un mensonge de plus.

Elle, c’est elle. Moi, c’est moi.
J’ai mis des années à nous dissocier.

Oui, je lui ressemble physiquement. Sa photocopie.
Oui, elle est médium. Elle tire les cartes.

Mais pas comme moi.
Elle, c’est une voyante. Très douée. Très destructrice si vous tombez sur la mauvaise version d’elle.

“Elle a fait de son mieux.”
“On n’a qu’une mère.”

Deux des pires phrases qu’on m’a dites quand j’ai coupé les liens.

Je m’en fous qu’elle ait fait de son mieux.
Elle pouvait se soigner. Elle pouvait changer.

Son "mieux" était pourri. J’en veux plus.

“On n’a qu’une mère” ?

Ouais, ben elle ne voulait pas de moi.

Et moi, je ne veux pas d’une mère toxique qui me détruit.

 

Aujourd’hui, j’accompagne celles et ceux qui, comme moi, ont longtemps cru qu’ils n’avaient pas leur place.

Celles et ceux qui ont grandi dans l’ombre et qui veulent enfin s’autoriser à être.
Celles et ceux qui veulent reprendre le pouvoir sur leur histoire.

Parce que oui, c’est possible.

Jane


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